L'assurance Habitation, élément clé de la gestion patrimoniale
 


La sécurisation des actifs tangibles, talon d'achille de la gestion patrimoniale

Le patrimoine des français n'aura jamais tant intéressé les compagnies d'assurance et les conseillers en gestion de patrimoine indépendants que ces dernières années. Jusqu'alors réservée aux clients les plus fortunés, la gestion de patrimoine s'est désormais invitée partout où il est question de produits et services financiers : les banques privées ou de détail, les bureaux de poste, les cabinets de courtage, les bureaux des agents généraux et même les agences des mutuelles. En agence, a domicile ou sur Internet ; en vente directe ou intermédiée, tout le monde cherche à mettre en place son offre badgée « gestion de patrimoine ». Toutefois, ne nous y trompons pas : sous cette dénomination flatteuse et rassurante, nous avons souvent affaire à de simples distributeurs de produits d'épargne dont l'horizon se limite à la mise en place de leurs propres contrats d'assurance vie et d'un programme d'investissement de défiscalisation de partenaires. Une première analyse d'optimisation fiscale complète généralement le dispositif.

Dans cette jungle de collecteurs d'épargne, certains ont une vraie démarche qualitative, avec des interlocuteurs spécialisés et l'accès à une très large gamme de produits interne et externe qui permet de développer une approche adaptée. Cependant, aussi rigoureuses et professionnelles que puissent être ces approches, elles occultent dans l'immense majorité des cas un des éléments clé d'une saine gestion patrimoniale : la sécurisation des actifs tangibles (immobilier, objets d'art…). En effet, comment développer une vraie démarche de qualité pour aider son client dans la gestion de son patrimoine quand on ferme les yeux sur ce qui peut constituer jusqu'à la moitié de celui-ci ?

La saine gestion des actifs devrait, nous semble-t-il, dépasser les seules considérations d'arbitrage financier risque/rendement dans une perspective fiscale ou successorale, mais également prendre en compte l'aléa qui existe sur les actifs physiques du client et ses conséquences prévisibles sur l'équilibre de son patrimoine. En effet, un sinistre sur un actif non assuré, ou un sinistre mal reglé, aura pour résultat direct un appauvrissement du patrimoine du client.

L'assurance dommages souffre en France du manque de considération des clients et des professionnels qui, dans de nombreux cas, la considèrent comme une obligation, où le montant de la prime reste le principal critère de choix. Cette vision court-termiste peut avoir des conséquences désastreuses sur le patrimoine du client. En effet, nombreux sont ceux qui cherchent à développer leur patrimoine sans toutefois être conscients des conséquences éventuelles d'un sinistre sur ce qu'ils ont déjà acquis. Ignorer la sécurisation des actifs tangibles va à l'encontre de ce besoin initial du client, lequel n'est à priori pas prêt à perdre une partie de sa richesse pour une garantie dommages inexistante ou mal choisie. C'est toutefois ce que l'on observe chaque jour. Pas d'audit des contrats existants et donc pas d'approche globale.

Si les garanties dommages (principalement les habitations, immeubles, objets d'art, bijoux) sont les plus évidentes à intégrer à cette approche, il convient également de noter que l'existence d'une garantie RCMS devrait faire partie des éléments du diagnostic des risques pesant sur le patrimoine personnel d'un dirigeant d'entreprise. L'une des principales raisons de la désolidarisation de la gestion du patrimoine physique et du patrimoine financier vient du fait que les acteurs de ce marché n'ont pas su créer d'intérêts croisés assez forts pour développer une approche commune. Chaque métier est resté isolé, parfois au sein d'une même structure, et l'assurance n'a pas encore su profiter de cette démarche patrimoniale qui lui donnerait encore plus de sens.

La récente crise financière a marqué un retour à un certain réalisme et pragmatisme des investisseurs privés, désormais conscients des conséquences d'une course effrénée au rendement qui s'appuie sur des produits financiers de plus en plus complexes et abstraits. Le futur de la gestion de patrimoine devra s'inscrire autour d'un accompagnement complet et à forte valeur ajoutée, intégrant dans la durée toutes les dimensions patrimoniales. On observe déjà un début d'intégration des univers financiers et non financiers. Certaines banques privées ont fait le choix de créer un département œuvres d'art pour conseiller et accompagner leurs clients dans ces placements alternatifs. Quelques family offices ont ajouté le courtage d'assurance à leurs services afin de négocier avec les compagnies pour le compte de leurs clients. Les grandes banques de détail sont de plus en plus impliquées dans la distribution des biens immobiliers. Ces démarches vont dans le bon sens, mais elles sont encore limitées à la vente de produits additionnels à un client captif. L'intégration de toutes ces compétences dans le cadre d'une démarche de gestion patrimoniale globale reste encore à inventer.

1- Le patrimoine des ménages, Conseil des prélèvements obligatoires, mars 2009, page 39